Il y a quelques semaines, Vincent Giard a proposé à plusieurs auteurs de ''webcomics'' de pasticher un autre auteur pigé au hasard jusque ça forme une chaîne. Chacun se fait passer pour l'autre en faisant une BD qui imite le style de dessin de l'autre, mais en y amenant un peu du sien. Un espèce de ''happening'' pour le premier avril où on avouerait à nos lecteurs la supercherie le lendemain.

circlejerk.

J'ai donc pigé Pascal Colpron et son blog Mon Petit Nombril ; une BD qui, comme son nom l'indique, raconte avec tendresse et humour les mésaventures de sa petite famille, la fois que sa fille adorée a dit se première phrase, la fois qu'il avait les cheveux trop longs, la fois  qu'il s'est mis à tousser et ce à quoi il pense quand il fait la vaisselle. J'ai relevé le défi et j'ai produit cette planche:

poisson_pascal
Copie_de_poisson_pascal

Mais suite aux plaintes de ses lecteurs, 2 jours plus tard, la planche a été remplacée par ça:

poisson_colpron

Alors je me suis permis d'expliquer mon oeuvre et de faire une petite mise au point moi aussi.

La contrainte était de se faire passer pour quelqu'un d'autre, d'imiter son style graphique tout en amenant, sur le plan narratif, un peu du sien. Imiter son dessin ne fut pas chose aisé car je dois reconnaître que ce bougre maîtrise pleinement ce qu'il fait autant sur le plan technique que dynamique et expressif. Cela dit, au niveau du contenu, ce que j'essaie d'inculquer à mon oeuvre est avant tout la pertinence et l'originalité. Or, je ne retrouve aucun de ces éléments dans la chronique autobiographique de Monsieur Colpron. J'ai donc tenter d'y apporter un peu du mien en emmenant de chez moi ce qu'il manquait chez lui: de l'intensité dramatique. À quoi bon parodier la comédie ou dramatiser le drame? Ça n'apporte rien de nouveau, ça tourne en rond et perd son sens. Parodions le drame ou dramatisons la comédie!

Envahit par la mode autobiographique, ma démarche est de vérifier si les auteurs et leurs lecteurs sont capables de comprendre et d'accepter la différence entre un humain qui existe et un personnage de BD. Même si tu racontes ta vie, si tu le fait en BD, tu fait de l'art et tu dois être capable d'avoir du recul et de comprendre que ce n'est plus ta vie, mais une oeuvre.
 
Ma BD est une remise en question des codes du projet ''Mon Petit Nombril''. J'ai essayé de balancer le bonheur incessant que Monsieur Colpron expose quotidiennement par une fausse tragédie pour mieux apprécier la réalité qui est pleine de joie, pour être soulager quand on lit ''Poisson d'Avril'' et réaliser à quel point on s'est attaché à un personnage fictif de bande dessinée (Même si ce personnage représente quelqu'un de réel, c'est quelqu'un que la majorité des lecteurs ne connaissent qu'en dessin)